23 mars 2007

BAYROU : SON ZENITH A LUI

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Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

Ce fut show, très show hier soir au Zénith. Mieux qu'Iggy Pop ou Booba. François Bayrou a rempli à craquer cette salle de spectacle que l'UDF n'avait jamais osé affronter. La région parisienne a toujours été une terre de mission pour la démocratie chrétienne qui avait coutume de se réunir dans les catacombes en abandonnant les grandes scènes aux chiraquiens et aux socialistes. Or non seulement il y avait du monde dedans, plus de 6000 personnes, mais aussi des milliers dehors. Et ce public de jeunes et de vieux, de femmes et d'hommes, très blancs mais d'origines sociales et politiques diverses, cette foule, émerveillée et joyeuse de se voir aussi nombreuse, fit un triomphe à la star du soir qui touchait et palpait cette pâte humaine.

Alors, fallait-il croire cette émulsion énergique, ce moment de grâce populaire ou bien les sondages qui le donnent à la baisse (- 4 : 17 % selon BVA) ? Les plus proches de François Bayrou reconnaissent que les attaques violentes et répétées ont pu faire des dégâts, que les critiques contre leur incapacité future à gouverner et à constituer une majorité, que les mises en cause de la minceur de leur programme ont pu porter. Mais tous les élus avaient pourtant la même conviction, qu'ils soient du sud ou du nord, de l'est, de l'ouest ou du centre, il se produit quelque chose, un mouvement profond qui semblait porter hier François Bayrou à son zénith.

Avec son costume blouse grise traditionnel, sa chemise blanche d'officiant, son phrasé de pédago inspiré par Péguy, Barrès, de Gaulle et Mendès, le président de l'UDF ne paraissait guère tarabusté même s'il était ému. Il reprenait son souffle comme on prend de l'élan, et partait hardiment à l'assaut de la gauche, de la droite, de Sarkozy surtout, son adversaire privilégié, son ennemi intime, « le Président du CAC 40 et du show-biz » comme il l'appelle, alors que lui serait « le Président des ouvriers, des paysans, des artisans, des enseignants, des médecins ». Bref, « le Président du peuple ». Ce n'était pas seulement une figure de style qui soulevait la salle de bonheur. François Bayrou a toujours détesté ce monde du fric et des paillettes qu'incarne selon lui le ministre de l'Intérieur. Et ce dernier n'aurait pas dû se moquer de son fameux tracteur à quatre roues motrices qui le disqualifierait pour conduire le char de l'Etat.

« J'ai bien entendu ce mépris, lui a répliqué le provincial… Sarkozy n'aurait pas dit la même chose si j'avais commencé dans la vie non pas en travaillant de mes mains, mais en héritant d'un groupe multimilliardaire ». Et cet enfant de paysan poursuivait sous les vivas. « Je vais lui apprendre quelque chose à Nicolas Sarkozy, il arrive que ceux qui travaillent de leurs mains pensent et qu'ils soient généreux et qu'ils aient envie de changer le monde… » La salle était debout, frémissant, ondulant dans une houle de bonheur. Ce public-là qui écumait sa détestation du présidentiable de l'UMP, ces centristes autrefois si sages, jamais ne voteront Sarkozy au second tour. D'autant que Bayrou a pris soin sur nombre de points importants de se présenter en candidat anti-Sarko dans l'espoir évident de vamper davantage encore les électeurs. Sur l'Europe où il a rappelé qu'il fallait refonder la communauté et qu'il était hors de question de passer en contrebande parlementaire une nouvelle constitution et qu'un référendum s'imposerait. Ainsi s'est-il également distingué de son adversaire numéro 1 sur l'Etat impartial et surtout sur la nécessité impérative de rassembler les Français et non de les opposer les uns aux autres.

Enfin dans le bouquet final, la star du soir qui s'est arrachée, a rappelé que contrairement à Sarkozy il n'avait pas changé et qu'il ne changerait pas, que s'il était élu, il serait « un Président de tendresse, de paternité, d'amitié… » Voilà des mots que les sarkozystes trouveront gnangnan, démocrates-chrétiens en diable si j'ose dire, un peu patronage et écriture sainte. Mais nous sommes un vieux pays catholique, la France est la fille aînée de l'Eglise n'est-ce pas, et même si le pays est déchristianisé, on aime y entendre sonner les cloches et les mots de « partage » et de « fraternité ». En tout cas, bayrouistes, sarkozystes, royalistes et lepénistes ont un point commun : la marseillaise finale est une catastrophe. Ils la chantent encore plus mal que les joueurs de l'équipe de France, dont certains se sont beaucoup moqués.

Jeudi 22 Mars 2007
Nicolas Domenach